CONGRÈS FDSEA
Loi Egalim : « un sujet de premier plan »

Entretien avec Arnaud Rousseau, 1er vice-président de la FNSEA en charge du dossier Pac. Le 11 février à Boffres, il participera au 77e congrès de la FDSEA de l’Ardèche et à une table ronde sur les thèmes « Pac, économie, gestion des risques climatiques & sanitaires, phytos ».

Loi Egalim : « un sujet de premier plan »
Arnaud Rousseau (crédits photo : FNSEA).

À moins d’un an de l’entrée en vigueur de la Pac 2023-2027, les agriculteurs se préparent aux changements majeurs qu’elle impliquera. Sur quels aspects faudra-t-il être particulièrement vigilant ?

Arnaud Rousseau : « Pour la première fois, la Pac aura un volet économique, social et environnemental. Il y a des éléments nouveaux qui nécessiteront de la compréhension, de l’adaptation et des efforts. Le principal changement réside dans l’éco-régime, qui va imposer quelques efforts à ceux qui sont le plus éloigné de ses conditions d’entrées. Il y a aussi le passage à une aide à l’UGB (unités de gros bétail) dans les aides animales notamment bovins lait ou viande, qui nécessitera de bien expliquer et appréhender ce nouveau mode de calcul, ainsi qu’une petite évolution des aides couplées aux protéines. Dans le second pilier, il y aura également une refonte des mesures agroenvironnementales. Un certain nombre d’éléments conduits jusque-là par les Régions le seront désormais par l’État, qui reprend l’ensemble des éléments du 2e pilier ayant trait aux aides surfaciques. Les Régions gardant les aides à l’investissement et aux Jeunes agriculteurs. »

Lors du congrès de la FDSEA de l’Ardèche, la situation économique des exploitations et l’application de la loi Egalim seront aussi au centre des débats. Les attentes sont fortes dans ce domaine.

A.R. : « Dans la chaine de valeur, le maillon systématiquement écrasé est le producteur. La guerre des prix menée par un certain nombre de distributeurs a comme conséquence immédiate et irrémédiable de détruire des exploitations agricoles. Garder les producteurs sur le territoire passe par la valorisation du prix en marche avant, en prenant en compte les coûts de production moyens par filière. Les consommateurs doivent accepter le renchérissement du coût de l’alimentation et la grande distribution doit accepter ce qu’impose désormais la loi : ne pas négocier la réalité du coût de la matière agricole. Nous avons gagné la première manche avec la loi Egalim, maintenant nous sommes précautionneux de son application. La fin des négociations commerciales tombe en plein milieu du Salon international de l’agriculture et à moins d’un mois et demi du premier tour des présidentielles, nous en faisons un sujet de premier plan ! »

Les agriculteurs sont confrontés à des phénomènes climatiques majeurs ces dernières années. Comment les accompagner ? 

A.R. : « Il y a tout d’abord une réponse à apporter sur la gestion des risques, notamment la problématique assurantielle. Nous sommes globalement satisfaits du projet de loi sur les outils de gestion des risques climatiques en agriculture car cette loi inclut un volet de solidarité nationale. C’est une vraie victoire de la FNSEA et des JA. Nous plaidons pour que le seuil d’application soit déclenché à 20%, comme le prévoit le cadre européen Omnibus, avec un seuil de subvention à 70%, mais rien ne dit que le décret d’application va prévoir ces 20% pour tout le monde. Il faudra être proactif, c’est un changement radical, la fin du fonds des calamités aussi. De nombreuses questions subsistent sur les conditions de déclenchement, selon que l’on soit déjà rentrés dans un système assurantiel ou pas, ou pour ceux qui ne seraient pas assurés… La solidarité nationale entrera en vigueur à partir du moment où l’agriculteur aura pris en charge une partie du risque. »

Et comment s’adapter aux restrictions sur l’usage de produits phytos ?

A.R. : « Cela passe par un accompagnement à l’investissement massif, beaucoup plus massif que ce qui existe aujourd’hui, dans la recherche et l’innovation ainsi que la structuration des filières. Accompagner la transition est une nécessité au regard des enjeux de biodiversité et de changements climatiques, le statu quo n’est pas possible, mais il ne peut y avoir d’interdiction sans solutions. Il faut retirer les molécules les plus dangereuses, d’abord pour les utilisateurs que sont les paysans, mais ils doivent être accompagnés. Nous ne pouvons pas les mettre au pied du mur et continuer à importer et vendre sur les marchés des cerises de Turquie traitées au diméthoate. »

Propos recueillis par A.L.

PROGRAMME / La FDSEA de l’Ardèche organise son 77e congrès !

La FDSEA de l'Ardèche organise son 77e congrès, vendredi 11 février, à la salle des fêtes de Boffres, située 1 rue du Moulin, avec en invité Arnaud Rousseau, 1er vice-président FNSEA. Au programme de la mati­née, à partir de 9h30 : débat sur l’actualité agricole départementale et nationale & réseau FNSEA 2025. Un repas sera proposé à partir de 12h30 (repas offert pour les adhérents 2022 à la FDSEA, inscription obligatoire avant le 4 février). La séance publique se tiendra à partir de 14 h, avec présentation du rapport d’acti­vité, ainsi qu’une table ronde sur les thèmes « Pac, économie, gestion des risques climatiques & sanitaires, phy­tos », animée par des représentants FNSEA, FRSEA, FDSEA 07 et la DDT. 

Passe sanitaire obligatoire pour assister au congrès et au repas. Inscription à la journée et au repas auprès de la FDSEA 07 au 04 75 64 60 62 ou [email protected]

La carte d’identité d’Arnaud Rousseau

Âgé de 48 ans et installé avec son épouse Perrine depuis 2002, Arnaud Rousseau cultive du blé, de la betterave, du colza et des légumes sur 340 hectares à Trocy-en-Multien (Seine-et-Marne). Outre son engagement au sein du bureau de la FNSEA dont il est 1er vice-président, il préside la fédération des producteurs d’oléagineux et de protéagineux, ainsi que le groupe agro-industriel Avril. Il est également vice-président de la Chambre régionale d’agriculture d’Ile-de-France et maire de sa commune.