PRAIRIES
Fourrages : enfin un peu de pluie !

Mylène Coste
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Si les quelques pluies de la semaine ont rendu espoir aux agriculteurs, elles restent par endroit insuffisantes pour inverser le déficit pluviométrique qui se creuse depuis le début de l'année, en particulier dans le Nord du département.

Fourrages : enfin un peu de pluie !
Alain et Damien Vigne, Manuel Ferrandi et Pierre Rourissol, travaillent au sein de l'Earl familiale à Mirabel. Outre les élevages de vaches allaitantes et poules pondeuses, ils vendent également du fourrage.

« En 30 ans d'activité, j'en ai connu, des périodes de sécheresse... Mais des prairies en état aussi déplorable au mois d'avril, jamais ! », confie Antoine Ribes. Les quelques pluies survenues ces derniers jours, ont toutefois rassuré cet éleveur de vaches laitières à Eclassan, qui raconte : « Après un hiver doux, qui a fait pousser la végétation, les vagues de froid, de gel et de vent, et le manque d'eau, avaient complètement dégradé les prairies. Le gel a aussi sacagé les légumineuses. La semaine dernière, il est tombé ici entre 40 et 45 mm. Il était temps ! Mais c'est loin d'être suffisant pour faire une belle saison. Il poursuit: Il nous faut davantage de pluie, c'est notre dernière chance ! » 

« Les prairies se dégradent un peu plus chaque année »

Éleveur de chèvres et vaches allaitantes à Preaux, Jean-Philippe Fourel fait grosso-modo le même constat. « Cela fait deux semaines qu'on nous annonçait la pluie sans que rien ne vienne. Elle est enfin arrivée, et il est tombé une bonne quarantaine de millimètres à Preaux. Pour les terrains maigres les plus séchants, la messe est dite, nous n'en ferons rien. Pour le reste, la pluie de ces derniers jours permettra de limiter les pertes. Espérons que nous n'aurons pas de coups de vent derrière ! » L'éleveur ajoute : « Ces dernières années, nous avons enchaîné les sécheresses. Les prairies se dégradent un peu plus chaque année, et des plantes indésirables que l'on ne voyait pas auparavant commencent à se développer ».

Malgré tout, comme d'autres, Jean-Philippe Fourel a déjà dû acheter du fourrage : « Les granges étaient vides et les prairies précoces trop sèches pour renouveler les stocks ». Antoine Ribes enchaîne : « Fin avril, nous avons déjà commandé 200 t de fourrage. À 200 €/t, le calcul est vite fait, cela représente un gros trou dans la trésorerie. Cette année, nous avons été contraints de nous séparer de 15 bêtes », regrette-t-il. Comme lui, nombre d'éleveurs n'ont pas d'autre choix que de décapitaliser leurs troupeaux. 

En Sud-Ardèche, un espoir pour la deuxième coupe

Bien plus au sud, la campagne des fourrages a démarré mi-avril. C'est le cas pour Christiane, Sébastien et Anthony Testud, qui élèvent 120 limousines à Villeneuve-de-Berg. Ce dernier indique: « Nous avons démarré l'enrubannage des luzernes autour du 15 avril. D'ordinaire, nous faisons environ 12 balles rondes / ha, mais cette année nous oscillons entre 3 et 8 balles/ha selon les parcelles. Les dernières pluies ont toutefois renfloué les réserves des sols et devraient donner une belle deuxième coupe ! »

À Mirabel, l'Earl Vigne et fils fait de la vente de fourrage à côté de son activité viticole, d'élevage bovins allaitants et poules pondeuses. « Nous avons arrêté l'atelier bovin lait en 2019. C'est à ce moment-là que nous avons développé la vente de fourrage, explique Damien Vigne. Nous avons la chance d'avoir beaucoup de surfaces de fauche, environ 200 ha, de Pierrelatte à Sainte-Eulalie en passant par Mirabel. Nous achetons aussi du foin droit (luzerne, foin, paille) chez un céréalier dans la Drôme. » 

Si les coupes de l'automne 2020 ont permis de constituer des stocks, les premières bottes enrubannées d'avril 2021 ont été beaucoup moins fructueuses : « On est à -50 % par rapport à l'an dernier. C'est très hétérogène selon les secteurs: on a fait 1 balle/ha sur les terres les plus séchantes, et jusqu'à 15 balles/ha sur d'autres. Nous avons également un problème de chenilles qui dévorent la luzerne. Il ajoute : La pluie de ces derniers jours était nécessaire, et devrait nous permettre de faire une belle seconde coupe. Nous avons reçu près de 60 mm ! »

Manuel Ferrandi, de l'Earl Vigne et fils, poursuit : « Nous ne sommes pas les plus à plaindre. Ce qui nous sauve, c'est d'avoir beaucoup de surfaces. Mais l'année va être encore une fois difficile pour les éleveurs. Vu le niveau des cours en bovin allaitant, les trésoreries vont être affectées ». D'ailleurs, l'Earl Vigne et fils reçoit chaque jour de nombreux appels d'éleveurs pour des achats de foin. « On sent que ça va être tendu, affirme Alain Vigne. Plus encore pour la paille, dont les cours flambent déjà... »

« Le mois de mai fait ou défait »

Éleveur de brebis et vaches allaitantes à Berzème, où il est tombé jusqu'à 86 mm entre le 27 avril et le 2 mai, Mathieu Ladreyt explique : « Entre le froid, le gel et le sec, les prairies ont eu du mal à pousser. J'ai dû affourrager les bêtes un mois plus tard que l'an dernier ». Sur le Coiron, la campagne des fourrages commence habituellement à la mi-juin, voire plus tard. Le retour des pluies est donc de bonne augure pour la suite de la saison. Mathieu Ladreyt d'affirmer : « Comme disaient les anciens, le mois de mai fait ou défait ! »

M.C.

Quelles solutions face à la sécheresse ?

FOURRAGE / Pour faire face à la sécheresse, les éleveurs mettent en oeuvre différentes stratégies, avec plus ou moins de succès.

Pour la première fois cet automne, l'Earl Vigne et fils a semé du méteil sur environ 3 ha, et constate les premiers résultats. « Malgré le manque de pluie, c'est plutôt joli. Cela aurait sans doute été encore plus beau s'il avait plu, affirme Damien Vigne. Si le temps l'avait permis, on aurait pu retourner le méteil pour faire un sorgho ou une luzerne. Nous comptons quoi qu'il en soit semer à nouveau du méteil l'an prochain, sur plus de surfaces, et un peu plus tôt (fin août-début septembre). Nous avons aussi fait du sursemis de luzerne sur les orges de printemps, pour gagner une année de récolte. » Certains éleveurs ont également pu faire des dérobées derrière céréales, en privilégiant les solutions les moins chères (moha, chou fourrager). 

De plus en plus d'éleveurs achètent également du foin sur pied, en luzerne principalement, auprès de céréaliers de la vallée du Rhône notamment. Une solution qui revient moins cher que l'achat de fourrage, et s'avère intéressante également pour les céréaliers : la luzerne peut en effet être incluse dans les 20 % de surfaces d'intérêt environnemental requises pour les aides de la Pac, et constitue un intérêt agronomique non-négligeable pour les rotations.

 

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