AVICULTURE
La biosécurité, un enjeu collectif de maîtrise sanitaire

Amandine Priolet
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En élevages avicoles, les mesures de biosécurité – devenues obligatoires –, permettent de prévenir ou limiter l’introduction, la circulation et la persistance d’agents pathogènes responsables de maladies au sein des bâtiments de production.

La biosécurité, un enjeu collectif de maîtrise sanitaire
Au sein d’un site de production, les intervenants sont des acteurs majeurs à impliquer dans une démarche de biosécurité. ©Itavi

« Améliorer la biosécurité est un pari gagnant pour toute la filière », a déclaré Nathalie Rousset, responsable santé et hygiène au sein de l’Itavi (institut technique de l’aviculture), lors d’un webinaire le 21 mai dernier sur le thème de la biosécurité en aviculture. Enjeu de maîtrise sanitaire, la biosécurité amène à une réflexion sur la conduite de l’élevage et ses multiples impacts, en termes de santé animale, de sécurité sanitaire des aliments et des performances zootechniques, de maîtrise des pathologies nécessitant l’usage des antibiotiques, de maîtrise des sortants, etc.

Il existe deux types de biosécurité : la biosécurité interne, qui vise à limiter la propagation d’agents pathogènes à l’intérieur de l’exploitation, et la biosécurité externe, qui tend à protéger l’exploitation du risque d’introduction d’agents pathogènes. Au sein d’une exploitation avicole – bâtiment compris –, les vecteurs ou réservoirs de contaminants peuvent être nombreux : poussins, aliment, eau, litière, nuisibles, avifaune, véhicules, fumier, cadavres, eaux de pluie, matériel agricole, humains, etc. Une liste non exhaustive, qui peut avoir des conséquences dramatiques sur un élevage. Mais alors, comment est-il possible d’impliquer les intervenants en élevage dans une démarche de biosécurité ? 

Un schéma adapté à chaque site d’exploitation

Dans un premier temps, il n’existe pas de plan préconçu, bien que des mesures de base soient préconisées : contrôler les entrées et sorties sur le site d’exploitation, assainir avant l’entrée sur le site, maîtriser la circulation au sein du site. « Chaque site doit mener sa propre réflexion pour adapter son schéma de biosécurité en fonction de sa configuration », explique Nathalie Rousset. Les intervenants, quant à eux, sont des acteurs à impliquer dans la biosécurité au quotidien. Des solutions peuvent leur être proposées : sas d’entrée, station de lavage et de désinfection (roues, camions) à l’entrée des bâtiments, aires de lavage ou de stockage cimentées, parking bien identifié, zones d’équarrissage en dehors de la zone d’élevage, tenues de rechange, etc.

« La responsabilité est partagée entre les intervenants et les éleveurs. C’est à nous de faire le maximum pour que l’intervenant n’introduise pas d’agents pathogènes », a rappelé Eric Cachan, éleveur de volailles label et de canards prêts à engraisser dans la Sarthe et président du Syndicat national des labels avicoles de France (Synalaf). Dans ce cadre, l’Anvol a émis l’idée de mettre en place une charte de responsabilité partagée, mettant en évidence tout ce qui doit être fait par les uns et par les autres. 

L’étape de ramassage implique tous les maillons 

Par exemple, l’étape de ramassage des volailles n’est pas à négliger, puisqu’elle « implique tous les maillons de la filière, à savoir les transporteurs, les abattoirs, les organisations de producteurs, les éleveurs et les ramasseurs eux-mêmes », prévient Marion Pertusa, chargée de mission productions plein air à l’Itavi. Prudence toutefois, car des facteurs organisationnels et structurels peuvent être défavorables au respect des mesures de biosécurité : gestion des plannings en flux tendu, équipements non adaptés, mauvais accueil ou manque d’implication, manque de formation, absence de feedback ou de cadre commun… « Tous les intervenants ont un rôle à jouer pour mettre les acteurs de terrain dans de bonnes dispositions pour le respect des mesures de biosécurité », poursuit-elle. 

Pour accompagner les éleveurs dans les différentes améliorations à apporter à leurs exploitations, le projet PartAge, lancé par l’Anses et l’Itavi en 2018, avait pour but de proposer une méthode d’accompagnement pour un changement durable des pratiques de biosécurité. Sous forme de réunions participatives, ce projet permet de confronter les expériences et de favoriser l’engagement des éleveurs dans cette démarche. Par ailleurs, le réseau européen Netpoulsafe, créé en 2019, a pour but de renforcer les liens entre les acteurs au niveau national et international, mais aussi d’améliorer l’observance de la biosécurité dans les élevages de volailles en fonction de la diversité des espèces, des systèmes, etc.  Ce projet, qui s’étendra jusqu’en 2023, devrait permettre de collecter et d’identifier des méthodes d’accompagnement vers une mise en œuvre efficace de la biosécurité. « La biosécurité nécessite la mise en œuvre d’efforts collectifs. La responsabilité doit être partagée par tous, autour des valeurs de respect », conclut Julie Puterflam, chef de projet santé et hygiène.

Amandine Priolet