PPAM
La filière des plantes médicinales, fine fleur des agriculteurs ardéchois

Mylène Coste
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Qu’ils en cultivent de petites parcelles ou des surfaces conséquentes, de plus en plus d’agriculteurs ardéchois optent pour les plantes à parfum, aromatiques et médicinales (Ppam).

La filière des plantes médicinales, fine fleur des agriculteurs ardéchois

Il y a les cueilleurs de plantes sauvages, et il y a les producteurs de Ppam. Alexandre Faure se situe entre les deux. Viticulteur et maraîcher bio à Vernon, il cultive 500 m2 de feuilles d’artichaut, réputées pour leurs vertus sur la santé et notamment sur le foie. « Je fais également un peu de  cueillette sur les parcelles ou dans la nature : phytolacca (également appelé « raisin d’Amérique »), feuille de vigne rouge, laurier, bourgeons de hêtre, arnica…  Je livre toutes mes plantes à la Sica Viva Plantes de Vals-les-Bains, explique-t-il. Les Ppam sont un élément de diversification de l’exploitation, et sont bien valorisées ».

Cultivant une très petite surface, Alexandre Faure n’a pas eu à investir en matériel, hormis pour quelques bâches. Il effectue deux à trois coupes par an (printemps, été et octobre), et emploie un peu de main d’œuvre pour le ramassage. « Je produis environ 600 kg/an de feuilles d’artichaut. Pour la cueillette, c’est très variable selon les années. »

À l’instar d’Alexandre Faure, l’Ardèche compte une centaine de producteurs de Ppam de petite taille : « Hormis les quelques surfaces mécanisables du Sud-Ardèche, principalement cultivées en lavandin, ce sont surtout des cultures sur petites surfaces, pour la production de plantes sèches, en frais ou congelé, qui sont collectées et commercialisées via les entreprises de collectes : Vivacoop, PAM Ardèche et Viva Plantes », indique Isabelle Boulon-Chanut, conseillère Ppam à la Chambre d'agriculture de l’Ardèche.

Activité complémentaire… ou principale

Installé en châtaigne, bovin allaitant et volaille de chair, Ppam et semences à Silhac, Yoann Courtial a une trajectoire originale. En effet, il est en passe de faire des Ppam sa culture principale. « J’ai commencé les Ppam en 2017, d’abord avec 3000 m2. C’est une culture très intéressante et variée, et j’essaie de tester chaque année de nouvelles espèces... Progressivement, cette culture a pris de plus en plus de poids. J’ai même décidé de diminuer le troupeau de limousines (de 30 à 20 mères) pour pouvoir me consacrer davantage aux Ppam. J’ai d’ailleurs converti mes parcelles de maïs ensilage en cultures de plantes ! » Aujourd’hui, son exploitation comprend une quinzaine d’hectares de Ppam qui entrent tout juste en production : immortelle, livèche, angélique, origan, menthe poivrée, pissenlit, thym… « Tout est commercialisé via le groupement PAM Ardèche, indique Yoann Courtial. Le marché est porteur et bien valorisé, ce qui est sécurisant pour l’exploitation. »

Cette activité demande d’être très présent : « Il faut biner régulièrement, repiquer au bon moment, récolter au stade optimal… En fonction des espèces, il faut aussi pouvoir irriguer, indique-t-il. Dans un système de polyculture élevage, notre avantage est d’avoir des fumiers riches en azote pour les Ppam. » Yoann Courtial a également pu bénéficier de subventions pour l’achat de matériel spécifique à la culture des Ppam (voir ci-contre). Il a également investi dans deux petits séchoirs qu’il devrait bientôt remplacer par un séchoir plus performant d’une capacité de 100 m3. Et il semblerait que son expérience suscite vocation, puisque d’autres producteurs du territoire s’intéressent de près à cette culture.

Mylène Coste et Camille Liebard

Ppam : des aides pour s’équiper 
Grâce aux aides de l'appel à projet Ppam, Yoann Courtial a pu investir dans cette récolteuse, mais également dans une herse-étrille et autres matériels.

Ppam : des aides pour s’équiper 

Yoann Courtial en a bénéficié en 2017 : grâce au plan régional Ppam, il a pu acquérir planteuse, bineuses, arracheuses de racines et faucheuse automotrice avec une aide de 70 % du montant total. Aujourd’hui, alors qu’il augmente ses surfaces, il compte bien à nouveau se saisir de l’appel à projet Ppam pour investir dans du nouveau matériel et réduire la pénibilité. 

S’équiper en neuf ou d’occasion

 Le nouvel appel à projet Ppam du plan régional de filière, piloté par la Région Auvergne Rhône-Alpes et FranceAgriMer, permet de financer jusqu’à 40 % l'achat de matériels et équipements, neufs ou d’occasion spécifiques pour la production - hors bineuses - (filets, planteuse, récolteuse), et la transformation des Ppam (séchoir, trieur, micro-distillerie, distillerie, laveuse pour racines …). Une aide supplémentaire de 20 % du Département de l’Ardèche, pour les investissements à la production uniquement, s’ajoute à celles de l’appel à projet, et peut permettre d’atteindre 60 % de financement pour les équipements productifs.

Le matériel à vocation agro-environnementale (comme les broyeurs, bineuses, robots désherbage) sera financé au titre des mesures Feader « investissements individuels pour l’AB, l’agro-écologie », dont l’appel à candidatures sera ouvert courant mars 2021.

Renseignement et demandes de subvention : [email protected]

Ppam : un marché qui sent bon !

Si le marché des huiles essentielles de lavandin a connu un ralentissement, celui de l’herboristerie pour la pharmacie, l’agroalimentaire et la cosmétique poursuit son essor. Une aubaine pour les producteurs de Ppam et les groupements de collecte et commercialisation.

La Sica Viva Plantes, basée à Vals-les-Bains, compte aujourd’hui 93 producteurs, une quarantaine de clients et une gamme d’une centaine de produits en frais, sec ou congelé. « La demande ne diminue pas, bien au contraire, affiche son président Marc Mirabel. Une dizaine de nouveaux producteurs devrait encore nous rejoindre l’an prochain, et il y a encore de la place ! » Viva Plantes vient par ailleurs d’obtenir le label "Bio. Français. Equitable", lancé par les coopératives Biocoop et Ethiquable. « Ce label est une reconnaissance de nos pratiques en matière de responsabilité sociale et environnementale. Elle nous permet de valoriser ces pratiques auprès des clients qui sont de plus en plus attentifs à ces questions », souligne Marc Mirabel. Le GIE PAM Ardèche a, quant à lui, opté pour le label bio Ecocert.

De son côté, la coopérative Vivacoop compte 14 coopérateurs Ppam sous label Agriculture biologique (AB), pour divers débouchés : « 50% partent chez un transformateur-distillateur industriel, 10 % pour l’herboristerie, 40% pour l’alimentaire, précise Stéphane Allix, directeur administratif et financier. C’est un marché en progression en AB, mais plus difficile en conventionnel, sauf peut-être pour la distillation. » Pour lui, « l’élément clé est d’avoir le cahier de charges du client avant la mise en culture, avec un contrat et engagement préalable indispensable ».

Si le marché des Ppam est porteur, il est aussi exigeant, comme le souligne Stéphane Allix : « La culture des Ppam doit être accompagnée techniquement car tout est relié à la rigueur, de la préparation des sols à la livraison au client. »

Yoann Courtial cultive de l'hélichryse à Silhac.

Yoann Courtial cultive de l'hélichryse à Silhac.