MAIN D'ŒUVRE
Les cultures n’attendront pas

David Duvernay
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MAIN D'ŒUVRE / Alors que les récoltes de fruits et légumes de printemps vont bientôt débuter, les producteurs auront besoin de travailleurs saisonniers. Luc Pierron, président du service de remplacement et Agri Emploi du Rhône lance un appel pour utiliser les ressources humaines locales disponibles.

Les cultures n’attendront pas

Le confinement se poursuit partout en France. Les déplacements sont limités et des entreprises sont à l’arrêt. Le pays tourne ainsi au ralenti depuis plus d’une semaine maintenant, même si certains secteurs et corps de métier n’ont pas stoppé leurs activités, à l’image de l’agriculture. Car la nature n’attendra pas que l’épidémie de coronavirus s’estompe progressivement. Et les Français doivent continuer à se nourrir. Pourtant, en agriculture aussi des salariés sont à l’arrêt. « En condrieu et côte-rôtie, des viticulteurs ont cessé de faire travailler leur(s) salarié(s) afin de respecter les mesures de l’État. Pourtant, il faudra bien retourner dans nos vignes car les premiers bourgeons apparaissent. Dans quelques semaines, on aura besoin de saisonniers pour certains travaux. Déjà que nous sommes confrontés à des problèmes de main-d’œuvre », constatait Michaël Gerin, président de l’appellation côte-rôtie dans le sud du département.

La saison 2020 prend forme effectivement, conséquence des conditions climatiques printanières de cette première quinzaine de mars. Et comme les viticulteurs, maraîchers et arboriculteurs entre autres devront rapidement s’organiser pour les récoltes à venir (petits fruits, fraises sous serre, etc.). La période de recrutement des saisonniers débute généralement à cette période de l’année. Les organismes spécialisés dans le salariat agricole organisent ou participent à des jobs dating, des salons et des forums de l’emploi pour répondre aux besoins de l’offre, ainsi que de la demande. Problème : tous les événements ont été annulés. « La main-d’œuvre étrangère, beaucoup utilisée ces dernières années, risque aussi d’être bloquée aux frontières, surtout si la situation perdure en Europe. Tout dépendra de la durée de ce confinement », complète Luc Pierron.

« L’agriculture ne s’arrête pas de travailler »

Tous les pronostics sont permis. Mais la plupart ne correspondra pas à la réalité de demain. C’est pour cette raison que le président d’Agri Emploi 69 exprime à la fois ses doutes mais aussi sa confiance sur la capacité des producteurs à trouver du personnel saisonnier. Et il évoque des pistes alternatives. « Dans ce contexte, nous pouvons attirer un public différent. Des personnes sont au chômage partiel du fait de la fermeture provisoire de leur entreprise. Des lycées et des étudiants sont disponibles car les établissements sont fermés jusqu’à nouvel ordre. C’est toute une population locale que nous pouvons motiver. Personnellement, je connais des personnes qui sont prêtes à travailler dans nos exploitations en attendant que la situation évolue. L’agriculture ne s’arrête pas de travailler… », développe-t-il.

Reste à faire savoir à la population locale que des exploitations agricoles recherchent du personnel saisonnier. « Nous pourrons toujours lancer des appels sur les réseaux sociaux et à la radio. La pose d’affiches peut aussi être utilisée comme moyen de recrutement. En attendant d’en savoir plus sur la durée du confinement, nos équipes s’organisent actuellement. Cette campagne inédite pourrait engendrer des frais supplémentaires certes. Mais pourquoi pas lancer un appel à plus grande échelle via la FNSEA et ses réseaux. En démultipliant la communication autour de cet enjeu, nous pourrons par la même occasion redonner une bonne image de l’agriculture », achève Luc Pierron.

La FNSEA demande des « assouplissements »

« Les employeurs agricoles manquent de bras », alerte la FNSEA dans un communiqué le 18 mars. Le syndicat appelle l'Etat à « pallier la hausse sensible de l'absentéisme », provoquée par le confinement en réponse à l'épidémie de coronavirus, mais aussi par la fermeture de certaines frontières intra-européennes. La FNSEA liste donc une série d'« assouplissements temporaires » qui lui semblent « nécessaires ». Certaines visent à permettre aux salariés déjà présents de travailler plus (« adaptations en matière de durée du travail», défiscalisation des heures supplémentaires). D'autres visent à faciliter l'embauche de salariés temporaires, parfois issus de secteurs non agricoles (« recours facilités » aux CDD et à l'intérim, « facilitation de la mise à disposition de salariés entre entreprises », « recours à des salariés placés actuellement en chômage partiel » et aux étudiants des établissements agricoles, etc.). Inquiète pour les salariés en provenance notamment de Pologne et de Roumanie, la FNSEA demande « l’ouverture des frontières pour les travailleurs saisonniers issus de pays membres de l’UE ». À noter que la FNSEA, avec l’Association nationale des industries alimentaires (Ania), la Coopération agricole et la Fédération du commerce agricole et alimentaire (FC2A) ont adressé un courrier commun au ministre de l’Economie et des Finances, Bruno Le Maire pour demander cette série de dérogations et d’assouplissements au droit du travail.