FILIÈRE
Négociations anticipées : le lait revendique sa spécificité

Les représentants des producteurs et des industriels ont sollicité un rendez-vous à Bercy pour faire reconnaître « la spécificité » de la filière laitière et ne pas être concernés par l’anticipation des négociations commerciales avec la grande distribution.

Négociations anticipées : le lait revendique sa spécificité
Les producteurs et les industriels laitiers ont sollicité un rendez-vous avec Bruno Le Maire pour faire valoir a spécificité de la filière, sans succès pour le moment. ©Cniel

Fin août, le ministre de l’Économie Bruno Le Maire annonçait vouloir contraindre, en légiférant, les grands industriels à négocier plus tôt avec la grande distribution. Objectif affiché : faire baisser les prix en rayon pour les consommateurs. Dans la foulée de l’annonce du ministre, les producteurs et les industriels laitiers ont sollicité un rendez-vous pour faire valoir « la spécificité » de la filière, sans succès pour le moment. Une première rencontre à Bercy au printemps avait permis aux syndicats de producteurs (FNPL pour le lait de vache et Fnec pour le lait de chèvre), à la fédération des laiteries privées (Fnil) et à la Coopération laitière de se faire entendre. Coûts de production et de transformation en hausse, marges faibles des laiteries (entre 1 et 3 % pour les industriels privés), augmentation du prix du lait… Autant d’arguments qui leur avaient permis d’obtenir une exemption des renégociations appelées de leurs vœux par le gouvernement. Mais, désormais, le locataire de Bercy ne fait plus la distinction entre le lait et les autres productions agricoles. De même pour le porc. Aux dernières nouvelles, la liste des soixante-quinze plus grands fournisseurs de la grande distribution est toujours d’actualité, y compris donc la plupart des grands groupes laitiers (Lactalis, Sodiaal, Bel, Danone, Savencia, Agrial et Laïta).

Un lien fort entre l’industrie et l’amont

« Nous demandons un nouveau rendez-vous pour leur présenter nos indicateurs actualisés, leur montrer la réalité de nos coûts », explique le président-directeur général de la Fnil François-Xavier Huard. Il insiste sur l’existence d’un « lien fort » entre l’industrie et l’amont agricole. « L’achat du lait représente entre 55 et 60 % du coût d’exploitation global d’une laiterie », précise-t-il. Il demande à Bercy de clarifier « dans quelle mesure cette proximité avec l’amont agricole sera prise en compte dans le projet de loi » en préparation. Dans la situation actuelle, il est « compliqué de proposer des baisses sans toucher à la rémunération des producteurs ». Le président de la Coopération agricole, Pascal Le Brun, pointe des « contradictions » dans le discours de Bruno Le Maire. « Le ministre ne peut pas dire ‘’ne touchez pas à la production agricole ’’ et « allez renégocier avec la grande distribution » », affirme-t-il. Interrogé sur le sujet à l’occasion de sa visite sur le stand du Cniel (interprofession laitière) au Salon de l’élevage (Space), le 12 septembre, le ministre de l’Agriculture Marc Fesneau promet d’être « vigilant » sur la situation du maillon agricole : « Il ne faut pas qu’au motif que certains ont des difficultés à se nourrir on vienne taper sur le monde agricole ».

J.G