RÉACTION
Réchauffement climatique : l’agriculture est attendue

Olivier Dauger est membre du conseil d’administration de la FNSEA et co-rapporteur du rapport d’orientation 2020 « Faire du défi climatique une opportunité pour l’agriculture ». Extrait de son analyse sur la situation du climat suite à la publication du dernier rapport du Giec.

Réchauffement climatique : l’agriculture est attendue
Le Giec incite à optimiser chaque système agricole en intégrant la biodiversité et la gestion du carbone : en clair, moins émettre et mieux capter. ©SD
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Olivier Dauger, membre du CA de la FNSEA. ©FNSEA

Le rapport du Giec, rendu public le 9 août dernier, dresse un état des lieux de la situation climatique en montrant les conséquences du réchauffement et du dérèglement pour l’Homme et la nature. Nous devons nous interroger sur les options qui permettent de répondre au mieux à ces enjeux. En premier lieu, la hausse de la productivité agricole, quel que soit le système de production, conventionnel ou biologique, est à rechercher. Il n’y a pas de système parfait et tous disposent de marges de progrès pour répondre aux enjeux du climat. Les besoins en production ne diminueront pas demain, bien au contraire, qu’il s’agisse de nourrir une population mondiale en croissance ou de remplacer les énergies fossiles. Le Giec incite donc à optimiser chaque système agricole en intégrant la biodiversité et la gestion du carbone : en clair, moins émettre et mieux capter. 

Le deuxième levier est le développement de l’agroforesterie. La biodiversité et la production agricole ne sont pas antinomiques. Les externalités positives des arbres et des haies, aussi bien pour la production que pour l’environnement, sont une réalité que ce soit pour les sols, l’eau, l’air, l’économie circulaire… Le troisième levier est l’augmentation de la teneur en carbone des sols. L’agriculture permet de capter des GES dans les sols. Pour cela il est nécessaire d’augmenter la teneur en carbone organique en produisant plus de biomasse avec des systèmes agricoles limitant les sols nus. Le quatrième levier reste la limitation du gaspillage alimentaire de la production à la consommation. Près de 25 % de la production est gaspillée, ce qui représente près de 10 % des émissions de GES dans le monde ! Et d’autres pistes sont encore à explorer…

L’agriculture victime, cause et solution

La France, dont l’agriculture est reconnue dans le monde entier pour la diversité de ses productions et la qualité de ses produits, a su, par choix politique, conserver une agriculture diversifiée et à taille humaine. C’est un atout qui doit être préservé et mis en perspective. L’agriculture est la cause de 23 % des émissions dans le monde, mais seulement 11 % pour l’Europe et 17 % pour la France (chiffre plus élevé car la production d’électricité est neutre en carbone du fait du nucléaire). L’agriculture mondiale participe aussi au réchauffement par le biais du méthane (44 %), du protoxyde d’azote (82 %) qui ont pour particularité d’être moins durables dans l’atmosphère mais d’avoir un pouvoir de réchauffement beaucoup plus élevé, respectivement 5 et 80 fois, que le gaz carbonique. Il faut avoir conscience que la neutralité carbone est impossible à atteindre pour l’agriculture car les émissions sont largement dues à un processus biologique naturel et inéluctable.

Quant aux conséquences du réchauffement pour l’agriculture, elles sont nombreuses : augmentation de la pression des ravageurs et des maladies, de l’érosion, de la dégradation des sols, avec, pour corollaire, un impact sur l’eau, les rendements, l’élevage pour la production alimentaire, le bien-être des animaux, sans omettre les déplacements des zones de production... L’agriculture est à la fois victime, cause et solution. Victime : cette année 2021 en est une démonstration parfaite. Cause : comme toute activité humaine, elle émet des GES. Solution : car l’agriculture peut répondre à deux défis, produire du carbone renouvelable pour remplacer les énergies fossiles et capter plus de carbone dans les sols. 

Propos recueillis par Actuagri