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Mohair : « une filière dans l’air du temps »

Installée depuis 2021 à Planzolles, Corinne Gers élève des chèvres angora pour la production de laine de mohair. Une filière qui intéresse de plus en plus les consommateurs et artisans du textile.

Mohair : « une filière dans l’air du temps »
L'élevage de Corinne Gers, Le Mohair de Planzolles, compte 43 chèvres pour une production annuelle de 280 kg de laine. ©AAA_AL

En recherche d’une reconversion professionnelle, c’est en découvrant le témoignage d’Isabelle et Pascal Gouache dans nos colonnes1, que Corinne Gers s’intéresse à l’élevage de chèvres de race angora. Une race connue pour être assez facile à élever et produire la fibre de mohair, réputée pour sa qualité dans la réalisation de lainages, draperies, velours ou encore vêtements de luxe. Bien qu’elle connaisse très peu le monde agricole, Corinne Gers va à la rencontre de ces éleveurs ardéchois (Mohair au Cœur), alors installés à Saint-Pierreville et en recherche d’un repreneur. Rapidement, elle se prend de passion pour leur activité : « C’est une filière qui s’inscrit dans l’air du temps. Un produit naturel, durable, avec des valeurs fortes sur la notion de bien-être animal », explique cette ancienne éducatrice sportive résidant à Planzolles.

Élevage de chèvres, structures de transformation de la laine, commercialisation des produits issus… Corinne Gers suivra divers stages dans la ferme d’Isabelle et Pascal Gouache, pour acquérir suffisamment de compétences dans le cadre de son projet d’installation à Planzolles. « Il y avait tout à apprendre dans la chèvrerie : la gestion de l’alimentation, des pâturages, des mises bas, la reproduction depuis l’angle de la génétique… Par la suite j’ai pu me former sur le tri et le pré-nettoyage des toisons, les aspects de la transformation via des organismes spécifiques et groupements d’éleveurs, les intermédiaires, les partenaires… »

Des chèvres essentiellement nourries au pâturage

À son installation en 2021 (Le Mohair de Planzolles), elle se dote d’un petit troupeau de chèvres issues de la ferme Mohair au Cœur, « de qualité exceptionnelle », ajoute la jeune éleveuse, qui adhère à Capgènes et souhaite poursuivre le travail mené sur la génétique. Chaque année, elle place 16 femelles à la reproduction et projette d’élever 70 chèvres d’ici 2 ans. Aujourd’hui, elle dispose de 43 chèvres pour une production annuelle de 280 kg de laine.

Toute l’année, excepté les jours de pluie, son troupeau pâture sur une vingtaine d’hectares loués en fermage et d’autres pâturages situés à proximité, mis à disposition par accords oraux pour le débroussaillage. Elles bénéficient aussi d’un complément de foin de luzerne, de concentrés et d’orge aplati, pour leur développement et densité de toison.

Les chèvres sont tondues deux fois par an, avec vigilance pour leur éviter des plaies et complications sanitaires, mais aussi les fausses coupes et pertes de matière première. « Chaque éleveur décide du rythme annuel de tonte », explique Corinne Gers, qui a suivi celui de ses exploitants formateurs : les adultes sont tondus en décembre et en juin, les jeunes en mars et septembre.

Des toisons finement triées

Un mohair de qualité se distingue par l’absence de jarre, la finesse de la fibre (inférieure à 30 microns) et l’homogénéité de la toison. Corinne Gers effectue le nettoyage des toisons de manière artisanale, secouées à la main, en retirant le moindre morceau de paille. Chacune d’entre elles étant numérotée et pesée, afin de suivre la productivité de l’animal.

Sur la table de tri, les fibres de mohair, de 7 cm de long minimum, sont sélectionnées selon leur destination sous trois catégories : la moins fine pour la confection de chaussettes, une catégorie intermédiaire aux boucles plus dessinées et plus larges, et une fibre très fine avec une ondulation sur toute la longueur de la mèche. Le mohair fin étant ce qui se vend le mieux.

Une transformation française

Habituellement, les toisons rejoignent le réseau d’éleveurs Eureca, dont la structure de transformation de laine de mohair est basée à Burlats près de Castres (Tarn). Il est chargé du contrôle, du lavage et de la transformation de la laine. Les apports sont mélangés par catégorie : « Un mohair d’Ardèche, où le climat est sec et cassant, avec un mohair humide de Bretagne, plus gras, donnera un mohair homogène », explique Corinne Gers. Regroupant en moyenne 1 tonne de laine par an, « cette coopérative nous permet aussi de réduire les coûts de transformation, qui sont assez élevés en mohair ». Depuis l’incendie de la filature d’Eureca en janvier 2023, sa laine rejoint la Sica Mohair, seconde structure française de transformation de mohair, située à Castres elle aussi et réunissant des éleveurs français et artisans du textile. Ces structures, offrant des prestations de transformation, disposent chacune de commissions couleurs et modèles. « Chaque année, on repart de la collection précédente et on apporte de petits changements selon nos besoins et observations. »

Vente en direct

Gants, chaussettes, bonnets, écharpes, pulls, pelotes… Comme de très nombreux producteurs de mohair, Corinne Gers vend ses produits en direct sur les marchés. Elle accueille aussi divers publics sur sa ferme : centres aérés, publics en situation de handicap… « Pour le moment, je tire un revenu très faible. C’est un monde où il faut apprendre à jouer sur les ficelles, mais je suis confiante ! », indique l’éleveuse, qui projette d’ores et déjà de se diversifier avec de l’élevage de mérinos d’Arles. « C’est une laine aussi fine que le mohair adulte, mais d’une structure différente, avec plus d’écailles, de meilleures résistance et longévité qui pourrait me permettre de produire du feutrage et de grosses pièces. »

Anaïs Lévêque

1. « L’élevage d’angora, une filière qui recrute », L’Avenir agricole de l’Ardèche du 17 mars 2020.

LAINE / Une filière à construire

Mérinos, mohair… Encore considérée principalement comme un complément de revenu dans le monde de l’élevage, la filière laine française intéresse de plus en plus les consommateurs et artisans du textile. Elle manque toutefois de cadre structurant et de modèles économiquement viables pour les éleveurs. « C’est une filière qui reste à construire, mais il y a plein de petites filatures et groupements qui sont en train de se mettre en place en ce moment ou à l’état de projet, principalement sur la laine de brebis », observe Corinne Gers.

Pour le mohair, deux labels permettent aujourd’hui de certifier l’origine française de cette laine et le respect d’un cahier des charges répondant à une qualité de production, une transformation locale et des conditions d’élevage respectueuses de l’animal notamment : le Mohair de nos chèvres et le Mohair des fermes de France. Aucune certification AB n’existe néanmoins pour ce type d’élevage.

CAPGÈNES / 35 élevages français de chèvres angora engagés dans un travail de sélection

En France, 35 éleveurs de chèvres de race angora adhèrent à Capgènes et sont engagés dans un travail de sélection, mené en collaboration avec l’Inra et l’Institut de l’élevage, dans l’ambition de produire un mohair de qualité. Ils rassemblent près de 2 500 animaux, dont plus de 500 âgés de 18 mois sont soumis chaque année à un contrôle de performances : enregistrement des filiations et des poids de toison, pointage de longueur et de forme de mèche, taux de jarre et couverture de l’animal, analyses d’échantillons en laboratoire indiquant le rendement lavé et la finesse des fibres.