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L'enseignement agricole s'ouvre doucement à l'international

En Auvergne-Rhône-Alpes, les lycées agricoles ont mis en place des stratégies pour développer les échanges internationaux et faire face aux difficultés en la matière.

L'enseignement agricole s'ouvre doucement à l'international
Depuis 2014, le code rural a donné comme mission aux établissements publics d'enseignement agricole, « de participer à des actions de coopération internationale, notamment en favorisant les échanges et l’accueil d’élèves, apprentis, étudiants, stagiaires et enseignants ». ©Cheick_Saidou_agri.gouv!.fr

« En 2023, 3 étudiants sur 60 sont partis à l'étranger. C'est maigre ! » Quand il s'agit de parler des difficultés à développer les échanges internationaux, Matthieu Prevost, proviseur du lycée agricole Olivier de Serres à Aubenas (Ardèche), ne mâche pas ses mots. Pourtant, depuis 2014, le code rural a donné cinq missions aux établissements publics d'enseignement agricole, parmi lesquelles « participer à des actions de coopération internationale, notamment en favorisant les échanges et l’accueil d’élèves, apprentis, étudiants, stagiaires et enseignants. »

« Un véritable atout pour l'avenir »

C'est désormais un objectif qui tient à cœur à de nombreux chefs d'établissements agricoles, tel Matthieu Prévost. « D'un point de vue de la formation, ça n'a pas de prix ! On constate que les étudiants qui sont partis à l'étranger ont des aptitudes sociales différentes et de meilleures capacités d'adaptation. En dehors de l’intérêt linguistique et culturel, les expériences de mobilité internationale profitent en effet aux jeunes de différentes façons. Les échanges permettent de découvrir d’autres pratiques culturales, d'observer les stratégies d'adaptation et également de mieux comprendre la politique agricole commune », affirme-t-il. Et cela peut également être un choix stratégique, comme l'estime Thibault Gauthier, directeur du lycée agricole de Belleville-en-Beaujolais (Rhône), dont de nombreuses formations sont orientées vers les métiers autour du vin. « Les échanges ont été très importants pour certains de nos étudiants. J'ai des anciens élèves qui se sont ensuite inspirés dans leurs pratiques professionnelles de ce qu'ils ont vu. En effet, cela leur a permis de découvrir d'autres pratiques culturales, d'autres vins et d'autres produits. Avec le réchauffement climatique, aller voir comment on fait du vin plus au sud est un véritable atout pour l'avenir. Et puis, il y a une carte commerciale à jouer, à l'heure où tout comme moi, de nombreux professionnels sont persuadés qu'il faut développer le marché du vin à l'étranger », dit-il.

De la même façon, Jean-Yves Charvin, proviseur du lycée des Sardières, à Bourg-en-Bresse (Ain), y voit de véritables opportunités, notamment pour les filières agroalimentaires : « Les agriculteurs évoluent aujourd'hui dans un contexte de plus en plus international. Il me semble nécessaire de maîtriser l'anglais. Et on constate que cela ouvre la porte à des carrières plus intéressantes ».

Des freins à lever

Convaincus de l’intérêt des mobilités internationales, les chefs d'établissements ne cachent cependant pas se confronter à des difficultés multiples. Le Covid-19 est passé par là, mettant à mal les mobilités internationales durant quasiment deux ans. « Il faut aujourd'hui réactiver, relancer les partenariats et en développer de nouveaux », note ainsi Jean-Yves Charvin. Et puis il n'est parfois pas si simple de convaincre les élèves, selon Thibault Gauthier : « On constate souvent qu'au départ ils ont une appréhension à quitter leur famille et leur pays. Certains jeunes n'ont jamais pris l'avion ». « Il y a peut-être un manque d'habitude dans le monde agricole français », ajoute Matthieu Prevost, qui souligne l'importance du « rôle prescripteur des enseignants pour inciter à la mobilité et accompagner les jeunes dans leur projet et dans sa dimension administrative. Or, on observe que cela demande beaucoup de temps et de compétences aux enseignants. Dans l'idéal, il faudrait dédier une personne à cette question. Mais nous n'en avons pas les moyens ».

« Une pente ascendante »

Ainsi, beaucoup de chefs d'établissements de la région se sont retrouvés autour de ce constat de manque de moyens et de personnel formé. « C'est pourquoi nous avons décidé de mettre nos moyens en commun pour avoir une personne référente. » Et c'est Pierre Chalmet qui a pris ce poste de chargé de mission mobilité au printemps 2020. Rattaché au lycée de Lyon-Dardilly, son poste est financé aujourd'hui par 25 des 28 lycées publics agricoles de la région, contre 15 à l'origine du projet. « On voit que l'on arrive à toucher de plus en plus d'établissements », se réjouit ainsi Pierre Chalmet. Il fait le lien entre les différents acteurs, gère les relations avec les financeurs, apporte un soutien à la gestion administrative des mobilités et forme les personnels des différents établissements. Une politique qui commence à montrer des résultats conséquents : « Nous sommes sur une pente ascendante puisque nous avons effacé les années Covid et que nous les avons même dépassées. En 2023, on a compté 180 mobilités en Aura contre 120 en 2019. Et en 2024, nous avons un objectif de 250. »

Leïla Piazza